Ai repris le travail ce dimanche. Rien à signaler ou presque… dans cet instant printanier. On manque de bras mais l’énergie est toujours là. Jusqu’à quand ? Pas de décès ce week-end, nos nonagénaires sont en pleine forme ! Enfin, disons qu’ils sont comme des enfants surexcités, si prompts à déconner. Des enfants perdus qui ne retrouvent plus leurs chambres, qui errent dans les couloirs, qui entrevoient fugace la fugue, qui refusent catégoriquement de se laisser faire, qui crient pour se sentir exister et qui cogneraient peut-être sous ce regard menaçant… Des enfants perdus, qui se sont perdus, suspendus à eux-mêmes dans une autre dimension. La démarche est hésitante, les champs du possible restreints, l’élocution malhabile, le babille à la bouche et la honte sous les couches… Il y a celui qui n’en peut plus d’être en vie, atone, amorphe et déjà vaincu, celui qui se rebiffe convaincu et véhément et celui qui dort, qui dort, nuit et jour pour faire passer la mort… Il y a nous, dans les reflets inquiétants de ces miroirs, utiles marionnettes essayant de sauvegarder le peu de dignité qu’il leur reste…

N’empêche, un jour ou l’autre, il faudra bien dire ce que nos sociétés civilisées veulent pour nos très vieux. Et eux, ils veulent quoi, au juste, juste avant de dérailler…

Notre pays se targue, se félicite de l’allongement de la vie de ses citoyens… On oublie que la durée de vie en bonne santé, elle, a régressé… Alors, oui, nous allons vivre très vieux et longtemps malades !  C’est ce miroir-là qui nous ai tendu tous les jours… notre propre déchéance, privés de liberté, de dignité, son lot de souffrances…et le trou de la Sécu ! Je sais, c’est pas très fun… oubliez tout ça très vite ! Alors, il faut s’agiter dans le présent, faire semblant tant que le corps et l’esprit gouvernent encore en bonne intelligence. Profiter intensément de tous ces instants fugaces et savourer à pleines dents… tant qu’elles sont là ! Retarder l’échéance coûte que coûte ; aimer et être aimer… Vaste programme !