Aujourd’hui, histoire de dire  tout et son contraire… Au risque, de vous déplaire.

C’est lundi. Journée chargée pour tout le monde. Ceux qui se sont reposés ce week-end, ont la patate. Défilé incessant de jeunes kinés motivés dont l’objectif premier est de faire « marcher » nos anciens, très anciens, coûte que coûte. Arrivée groupée du médecin auréolée (oui, une femme docteur chef) et d’une flopée d’apprentis docteurs… Des infirmières surbookées entre bilans et pansements… et toilettes techniques… J’entre dans la chambre où se trouvent deux femmes « en bon état » et sympathiques. L’une d’elle, celle qui se trouve côté fenêtre, parle peu, d’une voix faible et jamais pour demander… elle subit. La  semaine dernière, le soleil assurément, nous avions bien discuté. Après chaque confession sur sa vie passée, elle se pausait en disant : « mais pourquoi, je vous raconte tout ça ? »

Je me dirige vers elle, mon outil-balai à la main, d’un pas décidé.

« Ah, bonjour ! Il y a du soleil encore aujourd’hui, me dit-elle tout à fait sérieusement.

Je fanfaronne ! - Eh, oui, je vous amène le soleil !!! »

Elle sourit et là, immobile dans son fauteuil, pétrie par l’arthrite, elle me balance comme s’il s’agissait du temps qu’il fait :

« Vous savez, l’autre nuit, j’ai rêvé de vos  beaux petits enfants, la photo, sur votre téléphone. C’est incroyable, ça… » Son sourire est las mais il est bien là…

Oui, incroyable, un nuit sans cauchemar. Car la vieille dame fait des cauchemars. Une nuit, où émergent majestueux mes deux petits qui crèvent mon fond d’écran. Je lui souris doucement pour la remercier de tant d’égards et je finis mon travail dans un silence paisible. Belles minutes  où  l’humanité a un sens…La vieille dame n’est pas malade, elle est juste usée et attend sagement de mourir de vieillesse…

Je la laisse à ses pensées, me dirige vers une autre chambre car le temps m’est compté. Et je peste contre ci et contre ça, tout à chacun veut me piquer la place, car tout est urgent et prioritaire. Je jette un œil sur la porte ouverte et je vois ma vieille dame stoïque encore dans ses pensées. Je souris pour moi-même. Tout cela n’est pas bien grave. J’arriverai bien à finir ma journée…